Séminaire de l’Axe 3 Pratiques professionnelles Groupes et Institutions de Travail.
Présentation de Charles Le Grand Tchagneno, MCF.
Titre : Comprendre le rapport au travail et ses déterminants sociocognitifs et psychosociaux dans les métiers stigmatisés
Résumé : Le projet TRACS vise à examiner les déterminants du rapport au travail dans des professions socialement stigmatisées en France, notamment les métiers de première ligne (aides-soignant·es, agents hospitaliers) et de deuxième ligne (caissier·es, agent·es de nettoyage). La pandémie de Covid-19 a brièvement provoqué un « choc de reconnaissance » en mettant en lumière leur utilité sociale, sans pour autant produire de reconnaissance durable. Ces professions demeurent faiblement rémunérées, fortement féminisées et marquées par une forte représentation de personnes issues de l’immigration, révélant un paradoxe entre utilité sociale objectivement reconnue et dévalorisation structurelle persistante. Le projet s’inscrit dans le cadre des travaux sur le rapport au travail, conceptualisé comme une construction multidimensionnelle (valeurs, sens, centralité, identification professionnelle). La littérature existante reste fragmentée, séparant souvent déterminants sociocognitifs (estime de soi professionnelle, utilité sociale, stigmatisation intériorisée) et psychosociaux (reconnaissance institutionnelle, normes collectives, rapports intergroupes). Le projet TRACS propose un cadre intégratif articulant ces dimensions afin d’analyser conjointement les dynamiques de reconnaissance et de stigmatisation.
Présentation de Emma GAILLARD, doctorante
Titre : Potentiel traumatique et engagement fantasmatique : application auprès des Sapeurs-Pompiers du Doubs
Résumé : Ce projet de thèse explore le rôle des stratégies adaptatives déployées par les sapeurs-pompiers opérateurs au Centre de Traitement de l’Alerte (CTA) du Doubs, dans le cadre des prises d’appels d’urgence. Confrontés quotidiennement à des situations critiques, les opérateurs du CTA développent des mécanismes de défense et des stratégies d’adaptation pour atténuer l’impact psychologique de leur travail. Cependant, ces méthodes ne suffisent pas toujours à prévenir la fatigue compassionnelle et le traumatisme vicariant, amplifiés par le stress constant et la charge émotionnelle de ces appels. Il semblerait que l’imaginaire social, la dissonance émotionnelle et situationnelle soient des facteurs clefs de cette souffrance au travail, amplifiée par une pression hiérarchique pouvant être oppressante.
En s’appuyant sur une méthodologie mixte combinant des entretiens individuels, des questionnaires, et des groupes thérapeutiques, cette recherche vise à analyser l’efficacité de ces stratégies et à identifier les situations dans lesquelles surviennent les risques de failles émotionnelles. Suite à une observation participante, nous mettrons en place des activités de groupe : sport collectif, analyse de la pratique, épreuves projectives, formation Sentinelle, etc. Ces groupes, en plus d’être formateurs, auront une visée claire : recréer un collectif, dans un métier poussant à l’individualisme. En effet, le vécu de sapeur-pompier opérateur vient trancher avec le fantasme classique associé au métier. Le pompier est seul face à un écran, inactif physiquement, ne pouvant qu’agir à distance. Ainsi, au niveau institutionnel et groupal beaucoup de choses sont remises en question.
Au fil de cette présentation, nous discuterons à l’aide de cas cliniques, mais également de mon vécu presque anthropologique, le vécu de cette institution totalisante, militaire, patriarcale : comment faire corps ? Où se placent les limites du cadre dans un lieu aux frontières de l’extrême ? Comment trouver une place de neutralité dans une institution à forte hiérarchie en tant que psychologue, embauchée par cette même hiérarchie, et en faisant soi-même partie du groupement hiérarchique ?
